Entrepreneures : 5 conseils pour bien préparer votre levée de fonds

Loin d’être obligatoire, la levée de fonds reste un outil de développement d’entreprise très populaire auprès des startups de l’écosystème. Vous êtes fondateur·trice et vous envisagez potentiellement de recourir à ce type de financement dans les prochains mois ? Armelle de Tinguy, Partner chez Elaia, et Florian Denis, Directeur d’investissement chez Elaia, vous partagent 5 conseils pour préparer votre tour de table au mieux et mettre toutes les chances de votre côté.

#1 - Ayez à l’esprit les paramètres du marché actuel et les nouvelles attentes des VCs

C’est un fait : bien que toutes les sociétés et les secteurs ne soient pas impactés de la même manière, le marché est plus complexe qu’avant et il est important d’intégrer ces nouveaux paramètres dans votre réflexion d’entrepreneur·e.

Notamment deux éléments :

  • Les attentes des VCs ont évolué.En période de bulle, la croissance était l’indicateur clef, on la cherchait à tout prix. Désormais, on est revenus à des modèles financiers plus classiques et sains, c’est-à-dire que la croissance c’est bien mais il faut surtout qu’il y ait un modèle économique qui fonctionne” explique Armelle de Tinguy. Ce que cela implique ? Les investisseur·es vont vous demander plus d’informations sur le sujet. Il·elles vont venir challenger vos hypothèses et aller regarder de plus près comment vous avez réfléchi votre modèle. “Concrètement, on va creuser pour voir si vous avez identifié les bons leviers de croissance et réfléchi à votre équation économique, c’est-à-dire l’essentiel pour parvenir à grossir sainement” complète la VC.

  • Ensuite, ne vous laissez pas abuser par les montants surélevés que l’on voit dans les médias. Ce qui se passe c’est que la collecte de fonds est glorifiée dans la presse mais il faut bien garder en tête que les très gros montants ne représentent qu’une petite partie du marché. De plus, lever des fonds implique aussi de céder à de futur·es investisseur·es une partie “du contrôle” de votre entreprise. “Le financement via les VCs représente de nombreux avantages mais il me semble essentiel de se demander en amont s’il s’agit bien de la route que vous souhaitez prendre. La levée de fonds est une solution parmi d’autres. Autre élément important : les levées de fonds suivent des cycles (exemple de l’IA actuellement) donc comprendre où se situe votre entreprise par rapport à ces cycles peut être judicieux pour voir la capacité à lever des fonds” précise-t-elle.

#2 - Visez les bonnes cibles

Pour éviter de perdre du temps, listez les différents fonds (ou Business Angels) en fonction de leur thèse d’investissement, de leur portfolio (pour bénéficier de synergies avec d’autres entreprises par exemple), du nombre de startups déjà accompagnées…

Ensuite, identifiez la bonne personne à contacter au sein de l’équipe en fonction de ses spécificités. Pour cela, n’hésitez pas à faire votre propre “due diligence”. Sur ce point Florian Denis argumente : “Ce travail en amont va vous permettre de trouver des investisseur·es qui ont du sens pour vous et votre startup. Posez-vous les bonnes questions : qu’est-ce que cette personne va pouvoir m’apporter en plus des financements ? Combien de temps aura-t-elle à me consacrer ? Il existe différents modèles de fonctionnement dans un fond mais globalement regarder le nombre de startups par investisseur·e permet d’en savoir plus sur la possibilité qu’il·elle aura de vous accompagner plus en profondeur”.

Bon à savoir : ce temps de réflexion sur les investisseur·es est un sujet qu’aborde Tara Heuzé-Sarmini (co-fondatrice de Commune) de manière très transparente et enrichissante dans son article pour réussir une levée. “Assurez-vous d’être à l’aise dans une telle relation avec eux : n’hésitez pas à leur demander des références et à faire preuve de diligence. Pour moi, cela signifiait avoir une représentativité parmi les investisseur·es. Donc j’ai décidé d’un plan d’action spécifique consistant notamment à abaisser le ticket minimum pour participer au tour de table de 30 000 € à 15 000 €.”

#3 - Préparez votre pitch et votre documentation

Le pitch est l’élément qui va permettre de titiller la curiosité des investisseur·es. Il est donc essentiel de le roder au maximum. Pour cela, n’oubliez pas les éléments qui font mouche comme le précise Florian Denis : “votre mission, la description de l’offre/du produit, l’équipe, le marché et votre positionnement par rapport à la concurrence, le modèle de votre entreprise, votre stratégie go-to-market, les principales étapes que vous avez déjà franchies, vos projections financières…

En parallèle, préparez-vous aux potentielles questions des VCs comme par exemple “est-ce que le marché est suffisamment important ?” ou encore “Est-ce qu’il existe un modèle d’entreprise viable ?”. Sur ce point, l’article d’Eldorado répertoriant les 50 questions les plus posées par les BAs et VCs peut vous être d’une grande aide.

Enfin dernier point mais pas des moindres : faites une “data room” (c’est-à-dire un espace en ligne sécurisé – par exemple via Notion – dans lequel vous partagez des informations, documents et chiffres) que vous actualisez régulièrement avec les indicateurs clefs qui font vivre votre structure. En effet, si votre projet plaît, les potentiel·les investisseur·es vont passer au peigne fin tous ces éléments et pourront être amené·es à demander des informations complémentaires (votre réactivité sera clef !).

#4 - Suscitez l’engouement

L’idée ? Entrer en contact avec les investisseur·es cibles plusieurs mois avant la levée de fonds. De cette manière, il·elles vous gardent dans un coin de leur tête et vous pourrez ensuite leur partager vos avancées au fur et à mesure. 

Diffuser l’information au maximum : tel est le conseil partagé également par Tara Heuzé-Sarmini dans son article : “On ne parle jamais assez du fait que l’on est en train de lever des fonds, et je conseille vivement de diffuser l’information dans tous ses réseaux – y compris la famille, les ami·es, les camarades de classe, les anciens collègues et, bien sûr, sur des plateformes telles que Linkedin – car on ne sait jamais d’où viendront les investissements réels. N’hésitez pas à informer les investisseur·es potentiel·les tout au long du processus et à les relancer à plusieurs reprises… Un investisseur a confirmé son investissement après notre cinquième tentative pour l’attirer à bord !

#5 - Priorisez votre temps et préparez votre entreprise

Là aussi, c’est bien connu : une levée de fonds prend beaucoup de temps et d’énergie. Bien qu’elle soit une priorité, continuer à faire tourner votre entreprise en parallèle est également essentiel car votre premier financeur reste votre client. Pour cela, organisez votre temps de manière judicieuse, par exemple en réfléchissant en amont avant d’accepter des réunions ou en fixant des limites de temps à celles-ci. 

Enfin tout au long de la levée, pensez à affiner et mettre à jour régulièrement votre modèle d’entreprise ainsi que vos objectifs de collecte ! 

Bon à savoir : ces apprentissages ont été tirés lors de notre dernière “SISTA Inclusive Hour” de l’année en partenariat avec Elaia (société de capital investissement européenne spécialisée dans les start-up digitales et deep tech). L’objectif ? Permettre à des entrepreneur·es de rencontrer et d’échanger avec des investisseur·es sur des thématiques clefs. Pour ne pas râter les prochaines, abonnez-vous à notre compte LinkedIn.

Pour aller plus loin

Après la préparation, place à l’action ! Et vient alors une nouvelle question : comment garder le cap lors d’une levée de fond ? Sophia Martin, Partner chez RAISE Ventures (fonds partenaire historique de SISTA), Simon Baldeyrou, CEO Getaround Europe et ex-CEO France Deezer et Ilham Guerriouni, Directrice financière Zenchef y ont répondu dans notre article sur le sujet.